HISTORIQUE DE LA CANNE À SUCRE

23/6/2009

 

Connus depuis la préhistoire, la canne à sucre et le miel furent longtemps les seules sources de

sucre de l’humanité. Le roseau sucré a d’abord été utilisé à l’état sauvage avant d’être cultivé.

Des indices qui permettent de remonter sont origine botanique au « Saccharum robustum » de

la Nouvelle Guinée datent de plus que 12,000 années. En effet, les peuples indigènes de cette

région consommaient le jus sucré renfermé dans les tiges du roseau sucré.

De ce berceau, la culture de la canne à sucre aurait été exportée d’abord vers l’est, s’implantant

dans les Nouvelles Hébrides et la Nouvelle Calédonie aux alentours de 8000 av. J.-C. La

fabrication de sucre voit le jour à Célèbes, à Bornéo, à Java, en Indochine et en Inde en 6000

av. J.-C. environ. De l’Inde, la canne à sucre fut acheminée en Chine, où les caractéristiques du

sol étaient idéales pour sa culture. La littérature chinoise mentionne que l’Empereur Tai-Sun

envoya un émissaire en Inde pour apprendre la fabrication du sucre (200 av. J.-C.). En effet, en

Inde, des méthodes primitives d’extraction et de raffinage du sucre de canne étaient utilisées

par les peuples de la civilisation Harrapan. Ces peuples maîtrisaient déjà une méthode pour

produire des sirops sucrés et concentrés à partir de la sève du dattier et d’autres espèces de

palmiers. Le mot sucre provient du sanscrit, langue sacrée des brahmanes : « sarkara ».

Par Néarque, amiral d’Alexandre le Grand, les peuples d’Occident apprirent l’existence de la

canne à sucre 325 ans av. J.-C. Néarque, qui par la vallée de l’Indus alla explorer la mer des

Indes, parle dans son cahier de voyages d’une sorte de miel produit à partir de la canne à

sucre, sans le concours des abeilles. C’est vers le troisième siècle av. J.-C. que des marchands

indiens et perses commencent à importer du sucre sur les rivages de la Méditerranée orientale,

en Arabie et en Égypte. Des textes montrent bien qu’au premier siècle après J.-C. le sucre était

déjà produit sous forme solide ce qui facilitait son transport par caravane à travers l’Asie

Mineure jusqu’aux ports de la Méditerranée d’où il gagne la Grèce puis l’Empire romain.

Le brassage des populations dû aux guerres et aux échanges commerciaux, participa

largement à l’expansion de la canne à sucre. La canne à sucre ne poussant que dans les

régions asiatiques à climat chaud ne fut importée que vers l’année 641 de notre ère dans la

région du Delta du Nil. Entre le IVième et VIIIième siècle, les haut lieux de culture furent le delta de

l’Indus et le Golfe Persique. C’est ici qu’était produit le sucre pour tout le Moyen-Orient. Les

Perses, qui avaient été longtemps maîtres en l’art du sucre, disposaient, au Vième siècle de

procédés de fabrication déjà avancés. Ils savaient raffiner le sucre brut par refonte, clarifier les

sirops et présenter le sucre solide en pains. Deux siècles plus tard, ils subirent l’invasion des

Arabes qui propagèrent la culture de la canne dans leurs territoires conquis du bassin

méditerranéen. Les Arabes apprirent des Perses l’art de fabriquer du sucre solide.

C’est durant les Croisades que le sucre s’est répandu en Europe. À partir du XIième siècle, les

croisés rapportèrent la canne à sucre en Sicile, dans le Sud de l’Italie et même dans le midi de

la France. L’industrie du sucre de canne devint donc importante dans le sud de l’Espagne où,

vers 1150 de notre ère, près de 30 000 hectares étaient consacrés à la culture de la canne à

sucre.

Au XIVième siècle, Venise devint la capitale sucrière de l’Europe. En effet, le commerce et la

livraison de sucre entre le Moyen-Orient et l’Europe étaient presque exclusivement dans les

mains des marchands Vénitiens. Il semblerait qu’en plus de faire le commerce du sucre brut, les

Vénitiens inventèrent une façon primitive de raffinage du sucre, ce qui leur permit de

commercialiser des pains de sucre. Les premières raffineries du continent européen virent leur

jour à cette époque.

Jusqu’au XVIième siècle, le miel était la principale source de sucre en Europe. Le peu de sucre

de canne qui était importé et commercialisé, vu son prix élevé, était réservé à la noblesse. Ce

sucre était considéré comme une denrée de luxe ou un médicament. Toutefois, au XVième

siècle, désireux de se libérer des producteurs méditerranéens, l’Espagne et le Portugal

importèrent la canne à sucre dans leurs possessions d’Afrique. Ainsi, vers 1420, la canne est

introduite dans l’île de Madère, et 40 ans plus tard aux îles Canaries et aux Açores. Lisbonne

prit alors le pas sur Venise en matière de raffinage. En 1508, le port d’Anvers recevait la

première cargaison de sucre en provenance des Canaries. Pour faire face à l’extension des

plantations de canne à sucre, les colonies eurent besoin d’une main d’oeuvre abondante et peu

coûteuse. Le travail des esclaves dans les colonies permettait donc de produire du sucre à un

coût plus faible que celui provenant des pays méditerranéens.

Ce n’est qu’après la découverte de l’Amérique, que la culture de la canne à sucre fut introduite

dans de nouvelles régions possédant le climat favorable à sa production. Des plantes provenant

de l’Espagne furent cultivées pour la première fois en République Dominicaine et à Haïti par

Christophe Colomb en 1493, mais la plantation fut détruite. Une seconde tentative en 1509

permit une première récolte et une expansion de sa culture. Grâce aux navigateurs espagnols

et portugais, la culture de la canne se répand dans les îles tropicales : Porto Rico, Cuba et la

Jamaïque. Les conditions climatiques de cette région étaient favorables à la culture de la canne

à sucre. Celle-ci prit beaucoup d’envergure au cours des deux siècles suivants, justifiant ainsi la

pratique de l’esclavage en Amérique.

En 1520, la canne se cultivait au Mexique, et le premier moulin de sucre en Amérique du Nord

vit le jour en 1535. La culture de la canne à sucre s’est vite répandue au Pérou, au Brésil, en

Colombie et au Venezuela. En 1548, Porto Rico eut son premier moulin. En 1590, plus de cent

moulins à sucre s’érigèrent au Brésil.

En 1670, les Jésuites introduirent la culture de canne à sucre en Argentine et l’apportèrent en

Louisiane, en Floride et au Texas. L’industrie sucrière actuelle du Texas date de 1970 quand un

groupe de cent fermiers forma une coopérative sucrière.

De l'autre côté de la planète, la production de sucre commença en 1747 à l'île Maurice, dans

l'Océan Indien, et en 1824, la culture de la canne à sucre fut introduite en Australie.

Au Canada, il n’existe que deux compagnies qui contrôlent l’ensemble de la production de

sucre : la B.C. Sugar et la Redpath Sugar. Sucres Lantic de Montréal appartient à la B.C.

Sugar, bien qu’elle soit gérée comme une entreprise indépendante. Quatre raffineries

produisent du sucre de canne à Saint-Jean (Nouveau-Brunswick), à Montréal, à Toronto et à

Vancouver. Plus de 90 % du sucre raffiné au Canada provient du sucre de canne brut importé

de régions tropicales. Entre 70 % et 80 % de la production des raffineries de sucre est destiné

aux fabricants et le reste est distribué au commerce de détail [1,2].

De nos jours, plus de cent pays cultivent la canne à sucre sur 130 000 km2. Les vingt premiers

ont récolté 1 199 millions de tonnes en 2004, soit 91 % de la production totale mondiale (1 317

millions de tonnes). Les plus gros producteurs sont le Brésil, l’Inde et la Chine, contribuant

respectivement pour 31 %, 19 % et 7 % de la production totale mondiale [3]. À l’heure actuelle,

la canne à sucre fournit environ 74 % de la production mondiale de sucre [4].

 

LA CANNE

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